- "Un homme ne meure qu'une fois, et si ce n'est pas le cas, je serais toujours là"
Cette phrase que répétait rituellement le boss Trapponi avant chaque exécution, résonnait dans nos crânes abasourdis, de sa voie roque et étrangement calme. La cible
n'était autre que son fils Tony, notre amis, un héros qui aujourd'hui se voit déchu. Une heure plus tard et je pressa la détente qui fut de mon ami, un corps non identifiable dont la tête, pour
ce qui l'en restait, était détachée du corps... C'était le souhait de son père. Je revois encore son sourire lorsque je tandis mon fusil à canon scié vers son crâne. Et ses mots : "ça va te faire
bizzare de m' revoir". Ensuite mon doigt pressa la détente sans remord, comme si je le reverrais malgré tout.. Le patron fut content, je lui rapporta la main de son fils. Environ deux heures
plus tard, me voilà dans le plus prestigieux des restaurants italiens de New York, pour fêter la mort du fils Trapponi, avant même que son corps n'ait été retrouvé par la police. Car chez
nous, tous est prétexte à faire la fête, ainsi que les enterrements. Tout le monde à part moi et Mme Trapponi est ivre et s'égosille en chantant de vielles chansons napolitaines. Mon regard
hagard croise celui de la mère qui me dévisage, sans doute depuis le début du repas. Ses dents serrées, je sens sa haine comme une aura puissante émanant de chaque pore de sa peau, qui se
répand tout autour de moi. Je baisse les yeux , puis détourne mon regard vers la grande vitrine du restaurant, célèbre pour sa vue imprennable sur Broadway. A cet instant, alors que je fixe un
point dans le vide, aveuglé par les pensées noires de mon esprit, Tony m'apparait derrière la vitrine, avec un grand sourire figé. Je me lève d'un coup sans réfléchir vers la sortie. Personne
! Suis-je devenu fou? Le remord doit me ronger à un point que je n'aurait pu imaginer. Je regagne ma place, avec pour acceuil des regards intrigués accompagnés de messes basses.
-"Qu'est qui t'as pris ?" Me sort Ricci, le sous-fifre le plus dévoué à la cause des Trapponi.
-"Rien... j'ai cru voir un mec qui me doit d'la tune".
-"Ah, on rigole pas avec l'argent ! Ils devraient le savoir questi figli di putane !
-"Ouais" Répondis-je blasé, autant parce que je venais de voir que par l'affreux accent italien de Ricci. Cet abruti n'avait jamais mis les pieds en Italie, pourtant il prenait un faux
accent pour se donner un genre, que j''étais apparamment, le seul à trouver ridicule.
Le regard sombre de la mère, le sourire malsain du père, et les chants d'alcooliques me donnent une nausée extrème. Je veux partir mais se serait considéré comme un manque de
respect, et on a tué des gens dit intouchables pour moins que ça. Alors j'attend, et plus j'attend, plus des goutes se forment pour inonder mon visage. Bientôt la sueur de mon front commence
à franchir ma barrière de sourcils bien fournie et brûle mes yeux vitreux. Le calvère cessa lorsque le bruit sourd de ma tête fracassant le carrelage stoppa net les chants à titre
postumes.
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